Le ver de terre : anatomie, espèces, rôle et mode de vie

Ver de terre à la surface d'un sol humide après la pluie, entre feuilles mortes et turricules

On le croise après une averse, en retournant une pelletée de terre ou au fond d'un lombricomposteur : le ver de terre fait partie de ces animaux que tout le monde connaît… sans vraiment les connaître. Pas d'yeux, pas de poumons, plusieurs « cœurs », un corps fait d'anneaux : ce petit habitant du sol cache bien des surprises.

Voici l'essentiel à savoir sur le ver de terre, expliqué simplement — pour les curieux, les jardiniers, les enfants comme les enseignants. Pour chaque sujet, nous vous renvoyons vers la fiche du guide qui le détaille.

Qu'est-ce qu'un ver de terre ?

Le ver de terre est un petit animal invertébré, c'est-à-dire sans squelette, qui vit dans le sol ou dans la matière organique en décomposition. Il appartient à la grande famille des annélides, les « vers à anneaux », reconnaissables à leur corps formé d'une succession de segments.

Dans le langage courant, on parle indifféremment de ver de terre ou de lombric. À proprement parler, le lombric désigne surtout le grand ver de nos jardins, Lumbricus terrestris, mais le mot est souvent employé pour tous les vers de terre. On l'appelle aussi parfois « ver de pluie », parce qu'il remonte à la surface quand le sol est détrempé.

Il en existe une grande variété : environ 4 400 espèces de vers de terre sont aujourd'hui recensées dans le monde, de quelques centimètres à plus d'un mètre de long pour certaines espèces géantes.

Anatomie : comment est fait un ver de terre ?

Schéma d'anatomie d'un ver de terre : tête, clitellum, anneaux, soies et queueSous son allure toute simple, le ver de terre est un animal étonnamment bien organisé. Sur le schéma : 1 la tête et la bouche, 2 le clitellum, 3 les anneaux, 4 les soies (agrandies), 5 la queue.

  • Un corps en anneaux. Son corps est divisé en dizaines, voire en plus d'une centaine d'anneaux selon l'espèce. Chaque anneau porte de minuscules soies, invisibles à l'œil nu, qui lui servent à s'agripper à la terre pour avancer.
  • Une tête et une queue. La tête, plus pointue, se trouve du côté le plus proche du clitellum ; la bouche s'y ouvre, sans dents ni mâchoire.
  • Le clitellum. Chez l'adulte, un renflement plus clair apparaît vers l'avant du corps : c'est le clitellum, l'organe qui formera le cocon lors de la reproduction. Sa présence indique que le ver est en âge de se reproduire.
  • Pas d'yeux, mais sensible à la lumière. Le ver de terre n'a pas d'yeux. Sa peau est couverte de cellules sensibles à la lumière, surtout à l'avant du corps, qui lui permettent de la fuir instinctivement.
  • Une respiration par la peau. Il n'a pas de poumons : l'oxygène passe directement à travers sa peau, qui doit rester humide pour cela. C'est pourquoi la sécheresse lui est si dangereuse.
  • Plusieurs « cœurs ». Il possède plusieurs vaisseaux sanguins qui font office de petits cœurs pour faire circuler son sang.

Pour avancer, il contracte et allonge tour à tour les différentes parties de son corps, un peu comme un accordéon, en s'aidant de ses soies pour ne pas glisser. D'autres curiosités vous attendent dans les questions fréquentes en bas de page.

Le saviez-vous ?

Quand l'été devient trop sec, certains vers de terre entrent en dormance : ils s'enroulent en boule dans une petite loge au fond de leur galerie et attendent le retour de la pluie.

Les trois grandes familles de vers de terre

Coupe du sol montrant les trois familles de vers de terre : épigés en surface, endogés en galeries horizontales, anéciques en galerie verticaleTous les vers de terre ne vivent pas au même endroit ni de la même façon. On les classe habituellement en trois grandes familles, selon la profondeur à laquelle ils vivent (numéros de l'illustration) :

  • 1. Les épigés vivent en surface, dans les feuilles mortes, le fumier ou le compost. Petits, rouges et très voraces, ils se reproduisent vite. Ce sont les vers de compost, comme les Eisenia (dont Eisenia fetida et Dendrobaena veneta), que l'on utilise dans un lombricomposteur.
  • 2. Les endogés vivent dans les premiers centimètres du sol, où ils creusent des galeries plutôt horizontales et se nourrissent de terre riche en matière organique. Souvent pâles ou rosés, on les voit rarement en surface.
  • 3. Les anéciques creusent des galeries verticales profondes, parfois de plusieurs mètres. Ils remontent la nuit chercher des feuilles mortes qu'ils entraînent dans le sol. C'est le cas du grand lombric, Lumbricus terrestris, celui que l'on trouve en bêchant le jardin.

Chaque famille rend des services différents au sol : nous y revenons un peu plus bas.

Que mange un ver de terre ?

Le ver de terre se nourrit de matière organique en décomposition : feuilles mortes, débris de plantes, fumier, mais aussi des bactéries et des champignons qui s'y développent. Sans dents, il avale de petites particules déjà ramollies, que son gésier broie ensuite à l'aide de minuscules grains de terre. Un ver de compost peut ainsi consommer chaque jour l'équivalent de la moitié de son poids. Pour savoir quoi lui donner dans un lombricomposteur, et quoi éviter, consultez notre fiche Que mangent les vers de terre ?

Comment se reproduit-il ?

Le ver de terre est hermaphrodite : chaque individu est à la fois mâle et femelle. Il a pourtant besoin d'un partenaire : deux vers s'accolent tête-bêche et échangent leurs semences. Quelques jours plus tard, le clitellum forme un petit cocon, de la taille d'un grain de riz, d'où sortiront de jeunes vers après environ trois semaines. Tout le cycle est détaillé dans notre fiche Comment se reproduisent les vers de terre ?

Combien de temps vit un ver de terre ?

Tout dépend de son environnement. Dans la nature, la plupart des vers vivent et meurent au cours d'une seule année, confrontés au froid, à la sécheresse ou aux prédateurs (oiseaux, taupes, hérissons…). À l'abri de ces dangers, dans un lombricomposteur bien entretenu, leur espérance de vie augmente nettement : des vers de compost Eisenia fetida ont été suivis en élevage jusqu'à 4 ans et demi. Nous revenons sur ces chiffres dans notre foire aux questions.

Son rôle dans le sol et au jardin

Le ver de terre est l'un des meilleurs alliés du jardinier. En creusant ses galeries, il aère le sol et aide l'eau à s'infiltrer jusqu'aux racines. En digérant la matière organique, il la transforme en éléments nutritifs que les plantes peuvent absorber. Ses déjections, les petits tortillons de terre que l'on voit en surface, sont un excellent engrais naturel. Un sol riche en vers de terre est, presque toujours, un sol vivant et fertile.

Ce travail discret est présenté en détail dans notre fiche sur le rôle écologique des vers de terre. Et si votre terre en manque, découvrez comment réintroduire des vers dans votre jardin.

À retenir

Désherbants, pesticides et travail du sol trop profond réduisent fortement les populations de vers de terre. Un jardin nourri au compost et paillé leur offre au contraire le gîte et le couvert.

Ver de terre ou ver de compost : lequel pour un lombricomposteur ?

C'est une confusion fréquente : le grand lombric que l'on trouve en bêchant le jardin ne convient pas à un lombricomposteur. Habitué à creuser profondément et à se nourrir de terre, il ne survit pas dans un bac rempli de déchets frais.

Pour composter vos déchets de cuisine, il faut des vers épigés, les vers de compost du genre Eisenia : ils vivent naturellement dans la matière en décomposition, la transforment rapidement et se reproduisent vite en milieu confiné. Nous les présentons dans notre fiche Quel type de vers dans votre lombricomposteur ? Pour démarrer avec des vers adaptés, vous pouvez aussi acheter des vers de compost vivants : nos vers de compost Eisenia sont élevés à la ferme et expédiés en mélange de trois espèces.

Le conseil de Willy

Ne prélevez pas les vers de votre jardin pour lancer un lombricomposteur : ce ne sont pas les bons, et ils sont bien plus utiles là où ils sont, à travailler votre terre.

Les idées reçues sur le ver de terre

  • « Le ver de terre est un insecte. » Faux. Il n'a ni pattes, ni carapace, ni squelette : c'est un annélide, un groupe d'animaux qui n'a rien à voir avec les insectes.
  • « Les vers de terre abîment les racines. » Faux. Ils se nourrissent de matière organique morte et des micro-organismes qui la décomposent, pas des racines vivantes. Leur présence est au contraire bénéfique aux plantes.
  • « Les vers de terre sont sales ou dangereux. » Non : ils ne piquent pas, ne mordent pas et ne transmettent pas de maladie. On peut les manipuler sans crainte, en se lavant simplement les mains après, comme après avoir jardiné.

Peut-on couper un ver en deux pour en obtenir deux ? Pourquoi sort-il de terre quand il pleut ? Sait-il nager ? Les réponses sont dans notre foire aux questions sur les vers de terre.

Questions fréquentes sur le ver de terre

Quelle différence entre lombric et ver de terre ?

Le lombric est un ver de terre. Le mot désigne surtout le grand ver de nos jardins, Lumbricus terrestris, mais on l'emploie souvent pour tous les vers de terre.

Quelle taille peut atteindre un ver de terre ?

Les vers de compost mesurent quelques centimètres, le grand lombric de nos jardins peut dépasser 20 cm, et certaines espèces géantes, en Australie notamment, dépassent le mètre.

Que fait le ver de terre en hiver ?

Quand le froid arrive, il descend plus profondément dans le sol, à l'abri du gel, et ralentit son activité. Il remonte vers la surface au printemps, quand la terre se réchauffe.

Où trouver des vers de terre ?

Dans un sol riche en matière organique, sous les feuilles mortes ou dans un tas de compost. Si vous souhaitez en acheter, choisissez des vers adaptés à votre usage : des vers de compost comme les Eisenia pour un lombricomposteur, des vers adaptés au jardin pour enrichir votre sol. Nous élevons les deux à la ferme : nos vers de compost pour lombricomposteur et nos vers pour le jardin et le composteur extérieur.

En résumé

Le ver de terre est un annélide sans yeux ni poumons, qui respire par la peau et possède plusieurs petits cœurs. Il en existe environ 4 400 espèces, réparties en trois grandes familles selon la profondeur où elles vivent. Partout, il transforme la matière organique et entretient la fertilité du sol. Pour un lombricomposteur, ce ne sont pas les lombrics du jardin qu'il faut, mais des vers de compost épigés comme les Eisenia.

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